Julieta par Almodovar

Julieta

Lorsque Julieta tombe par hasard sur une amie d’enfance de sa fille, le passé la rattrape de plein fouet. Elle décide alors in extremis de ne pas suivre son compagnon au Portugal et de rester à Madrid. Dès lors, assaillie par des souvenirs trop longtemps tenus à distance, elle déambule dans la ville et écrit une longue lettre à l’attention de sa fille perdue de vue pour retisser sur plusieurs décennies les fils de cette histoire douloureuse, de la rencontre fortuite amoureuse dans un train par nuit de tempête au drame inéluctable sur fond de jalousies et de regrets cuisants.

Pedro Almodovar adapte ici plusieurs nouvelles de la canadienne Alice Munro (prix Nobel de Littérature en 2013) et signe un somptueux mélodrame qu’il filme avec maestria comme un thriller. Il retrouve notamment Rossy de Palma, méconnaissable dans un rôle secondaire, mais néanmoins pivot, d’oiseau de mauvais augure. En campant une employée de maison austère, annonciatrice voire initiatrice des malheurs à venir, elle se hisse effectivement au niveau de la redoutable gouvernante Miss Danvers, dans Rebecca. L’analogie avec la littérature gothique et ses mues modernes n’apparaît, à ce titre, pas fortuite tant le film développe le thème obsédant du passage de relais du sentiment de culpabilité par le biais d’une parole empoisonnée. La malédiction contamine tous les personnages et plonge le spectateur dans l’effroi tant l’intrigue tendue semble se diriger vers d’inévitables récifs.

En outre, Julieta dévoile notre aptitude à verser dans la superstition et notre besoin éperdu de donner sens à ce qui ne relève que d’un mauvais enchaînement, d’un hasard somme toute banal et parfaitement tragique. Plus encore, le film démontre l’impact néfaste de la religion lorsque celle-ci nie avec intransigeance notre nature humaine faillible et transforme le sentiment de culpabilité énoncé plus haut en nécessité impérieuse d’expier. Cette transsubstantiation et cette sanctification de la souffrance n’aboutissent, au final, qu’à la multiplication de drames et de malheurs. A l’issue d’un long cheminement qui évoque volontiers celui d’Ulysse, l’espoir point toutefois timidement dans ce ciel de plomb.

Yann Le Loarer

 

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