DANS LA MAISON DE L’AUTRE

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Hambourg, 1946

La ville est en ruines et la nation brisée. Si la guerre est terminée, la vie, elle peine à reprendre ses droits. Des ombres fantomatiques errent parmi les décombres à la recherche de nourriture, d’un proche, d’un espoir.
Lewis Morgan, colonel de l’armée britannique, est chargé de superviser les opérations de reconstruction du territoire et de dénazification de la population. Il s’installe dans une somptueuse villa réquisitionnée à son intention avec son épouse et leur dernier fils encore en vie.
Touché par leur situation, le colonel propose aux propriétaires des lieux, un architecte allemand éploré par la mort de sa femme et sa fille adolescente, de rester. Les deux familles partagent alors le même toit, se croisent, se frôlent, mais comment supporter pareille situation quand une haine viscérale continue d’opposer les deux peuples ? Dans cette ambiance oppressante, inimitiés et hostilités vont laisser place à des sentiments plus dangereux encore…

« Magnifique et émouvant, le roman de Rhidian Brook invite à réfléchir sur l’intégrité morale, la culpabilité et le pardon. D’une prose sincère jaillit le parcours d’êtres repentants tournant le dos aux ténèbres. »
The Independent

Extrait

– La Bête est là. Je l’ai vue. Berti l’a vue. Dietmar l’a vue. Avec sa fourrure noire comme le manteau d’une dame chic. Et des dents comme des touches de piano. On doit la tuer. Si on ne le fait pas, qui le fera ? Les Tommies ? Les Yankees ? Les Popov ? Les Français ? C’est pas eux qui le feront, ils sont trop occupés à chercher autre chose. Ils veulent un coup ci, un coup ça. Ils sont comme des chiens qui se disputent un os sans viande autour. C’est à nous de le faire. Attrapons la Bête avant qu’elle nous attrape. Après tout ira mieux.
Le jeune Ossi rajusta son couvre-chef tout en guidant les autres à travers les décombres de la ville pulvérisée par les bombes des Tommies. Il portait le casque anglais qu’il avait volé à l’arrière d’un camion non loin de l’Alster. Même s’il avait moins de classe que les casques américains, voire russes, de sa collection, c’était celui qui lui allait le mieux. En plus, il l’aidait à jurer en anglais aussi bien que le sergent tommy qu’il avait vu hurler sur les prisonniers à Dammtor, la gare de Hambourg : «Eh ! Mains en l’air, nom de Dieu ! En l’air, j’ai dit ! Je veux les voir ! Foutus crétins de Boches.» Ces hommes avaient tardé à lever les mains, non parce qu’ils n’avaient pas compris, mais parce qu’ils étaient trop affaiblis par le manque de nourriture. Foutus crétins de Boches ! Le reste de la tenue d’Ossi consistait en un mélange inventif de loques et de vêtements de luxe : robe de chambre de dandy, cardigan de vieille fille, chemise sans col de grand-père, pantalon de combat retroussé et retenu à la taille par une cravate de commis de bureau, et chaussures trouées d’un chef de gare depuis longtemps disparu.
Les sauvageons – le blanc de leurs yeux agrandi par la peur et accentué par la crasse de leurs visages – suivaient leur chef à travers les éboulis. En zigzaguant entre les moraines de briques éclatées, ils débouchèrent sur un terrain ouvert où gisait le cône fuselé d’une flèche d’église. Ossi fit signe à la petite troupe de s’arrêter et fouilla dans sa robe de chambre pour en tirer son Luger. Il renifla l’air.
– Elle est là. Je la sens. Vous la sentez ?
Les sauvageons reniflèrent, pareils à une bande de lapins nerveux. Ossi se colla contre la flèche abattue et s’approcha à petits pas de l’extrémité béante, guidé par son pistolet comme par une baguette de sourcier. Il s’immobilisa et tapota le cône avec son arme, pour indiquer que la Bête se trouvait probablement à l’intérieur. Soudain, un éclair noir jaillit à l’air libre. Les sauvageons se baissèrent, craintifs, mais Ossi s’avança d’un pas pour se camper solidement devant eux, il ferma un oeil, visa et tira.
– Crève, la Bête !
La moiteur pesante de l’air assourdit le coup de feu et le bruit sec et métallique d’un ricochet renvoya le message qu’il avait manqué sa cible.
– Tu l’as eue ?
Ossi baissa son pistolet et le fourra dans sa ceinture.
– On l’aura une autre fois, dit-il. Allez, on cherche à manger.

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