Transat Jacques Vabre J+9 : boulevard des Maréchaux

sébastienCol©Macif

–    La flotte des Imoca et des Multi 50 dévore les milles
–    Un nouveau coup de frein attendu demain
–    Class 40 : enfin de la glisse

Ce n’est pas le périphérique, mais ça avance quand même, malgré quelques feux tricolores à franchir. Emmenées par leurs deux leaders incontestables, les flottes des Imoca et des Multi 50 profitent d’un semblant d’alizé pour avaler des milles sur la route de l’arc antillais. Les Class 40 profitent de conditions plus stables pour gagner dans le sud et éviter de se faire piéger par l’anticyclone des Açores.

Ce qui est pris n’est plus à prendre. Jean-Pierre Dick et Jérémie Beyou (Virbac-Paprec 3) ont trop d’expérience de la course au large pour ne pas savoir que les dernières heures de course peuvent parfois renverser bien des pronostics. D’autant que le fond de la mer des Caraïbes est réputé pour ses nombreux pièges entre orages et trous de vent. Aussi, les deux marins enfoncent le clou. A près de vingt nœuds de moyenne, le monocoque bleu continue de creuser l’écart sur ses adversaires puisque MACIF, nouveau candidat au podium, a perdu près de vingt milles depuis le premier classement du jour. Et pourtant, les poursuivants, Hugo Boss en tête, ne ménagent pas leurs efforts : tout le petit groupe du sud alimente la chaudière en lorgnant sur les places d’honneur, en attendant mieux si affinités. Les grands perdants du jour semblent être actuellement Gamesa et Bureau Vallée qui, sur une route plus nord, ne bénéficient pas des mêmes conditions. Mais vérité d’aujourd’hui vaudra peut-être mensonge demain, tant la météo est instable.

Multi 50 : le coup de poker de Maître Jacques
Loïc Féquet et Loïc Escoffier le savent bien. S’ils restent dans le sillage d’Actual, leurs chances d’emporter cette Transat Jacques Vabre sont quasi nulles. Devant eux, s’ouvre une option à haut risque : tenter de gagner dans le sud pour attraper les alizés, malgré une zone tampon qui menace de les arrêter de nouveau. Mais les deux marins malouins en sont convaincus : rester derrière Actual, c’est parier sur des incidents techniques qui priveraient le trimaran d’Yves Le Blévec et Sam Manuard d’une grosse partie de son potentiel. Osera, osera pas ? La réponse ne devrait pas tarder, car d’ici quelques heures, ce sera trop tard pour miser tapis.

Class 40 : profiter des beaux jours
Les deux premières places sont, tout au moins provisoirement, figées en Class 40. Mais la lutte pour la troisième est toujours aussi serrée entre Phoenix Europ Express, 40 Degrees et Groupe Picoty. A bord de ce dernier, Jacques Fournier et Jean-Christophe Caso ont profité des conditions météo qui s’amélioraient pour envoyer quelques petits messages. Entre autres destinataires, une classe du Havre qui a confié aux deux marins, « Lola » une figurine issue de l’histoire de « Clément aplati » qui raconte les voyages d’un enfant qui, aplati par accident, peut ainsi voyager sans encombre à travers le monde entre les pages d’un livre ou collé contre la cloison d’un bateau de course. C’est ainsi que derrière Lola, une vingtaine d’enfants du Havre suivent la progression de leur héroïne et en profitent pour comprendre les changements de climat, les alizés et la faune marine de l’Atlantique.

Un point sur les remorquages
Deux remorquages sont en cours d’opération. Au large de la Bretagne, l’Agrion, chalutier du Guilvinec est à moins de cent milles de la pointe de Penmarch avec Initiatives Alex Olivier en remorque. Tanguy de Lamotte et Eric Péron devraient en avoir fini dans la matinée de demain. Le remorquage de Cheminées Poujoulat s’avère plus délicat. Le monocoque de Bernard Stamm est considérablement alourdi par l’eau qui a envahi l’intérieur du bateau. Il restait encore, ce matin,  soixante-dix milles à parcourir jusqu’à Terceira, en vitesse lente. La prudence est donc de rigueur.

Ils ont dit :

Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec 3) : « Il faut engranger les milles au maximum »
« Vous entendez le bruit de la mer sur la coque qui tape sur le carbone et de la quille qui craque, pour dormir là dedans ce n’est pas évident ! On va passer une sorte de petite dorsale mais on aura toujours du vent puis le nord va se lever et nous permettre de descendre vers Saint-Domingue sous spi dans de bonnes conditions.
C’est important de grappiller des milles d’avance parce qu’il y a beaucoup d’aléatoire encore, la course est très longue. Je pense à l’arrivée, on va avoir des conditions variables en arrivant au Costa Rica avec des orages et un aspect loterie très fort. Donc il faut engranger des milles au maximum en économisant le bateau malgré tout.
Pour le choix de notre route, c’est quelque chose qu’on a réfléchi longtemps à l’avance.
Mais c’était une prise de risque de passer dans des dépressions plus fortes avec plus de 40 nœuds au près dans une mer chaotique, ce que tous les bateaux n’ont pas voulu faire… »

Sébastien Col (Macif) : « mettre la pression devant, décrocher les mecs derrière »
« Ça se passe bien, on s’éclate. On est un peu déçu par le passage de la dorsale mais ça nous a mis la niaque pour revenir sur les premiers et on aligne de belles moyennes depuis deux jours. J’espère qu’on fait peur aux mecs qui sont devant nous ! Il fait soleil. La nuit c’est la pleine lune, tout est réuni pour attaquer au max ! On pourrait passer des heures à la barre, on fait gaffe avec François, on se relaie assez souvent pour garder une vitesse assez élevée. Il faut aller vite, il n’y a pas d‘option tactique depuis deux jours, faut s’accrocher, mettre la pression sur les mecs devant, décrocher ceux de derrière, même si ce n’est pas facile avec des clients comme Safran ou Groupe Bel. »

Loïc Fequet (Maître Jacques) : « On va partir plein sud »
« Depuis hier on est à 20 nœuds c’est intéressant ! Ça siffle en permanence, la dérive et le safran font un peu de bruit. On prend tous les surfs, on est donc obligé de se tenir en permanence à l’intérieur. On se relaie au bout d’une heure à la barre pour tenir le coup
On va essayer de tenir ce rythme jusqu’à demain, après ça va se calmer à l’arrivée sur les Antilles. On ne va pas faire comme le petit copain, on va certainement partir plein sud dans peu de temps. Il va se passer pas mal de choses dans les trois jours qui viennent, on a eu notre routeur, Jean-Yves Bernot. On le laisse nous concocter un passage dans cette petite dépression pour passer Saint Barth. On est assez pressé d’empanner, parce que ça fait 24 heures qu’on navigue du même côté et on commence à avoir mal au dos. Nos sièges de barre sont à revoir. »

Yann Elies (Safran) : « On cravache pour le podium »
« Excès de vitesse cette nuit avec Groupe Bel et Macif ! On cravache dur pour coller aux jeunots et pour le podium même si on en est encore loin. On essaie d’aller vite, de choisir les bonnes voiles, les bons angles. Il y aura des options à jouer en arrivant dans l’arc antillais, ça n’a pas l’air simple ! Côté bobos, j’ai des boutons sur les fesses mais rien de grave. Je viens de prendre une douche à l’avant du bateau avec ma petite savonnette sous les embruns et avec une bouteille d’eau pour me rincer, je suis tout propre ! (…) A bord, on ne barre pas beaucoup, on mise tout sur le pilote automatique et on tient de super moyennes. Quant à la quille (nouvelle quille en titane, ndlr), on a été troublé au début parce qu’il y a des vibrations qu’on n’est pas habitué à avoir avec une quille en carbone. »

Damien Seguin (ERDF Des Pieds et des Mains) : « On se dispute la barre »
« On a retrouvé de la vitesse, on est régulièrement au-dessus des 15 nœuds. Le bateau et l’équipage se font plaisir. On est sous gennaker car c’est assez serré par rapport au vent, la mer est encore assez sévère et désordonnée. On essaie chacun son tour d’établir un record de vitesse à la barre, c’est assez marrant. On attaque à fond, si on peut s’approcher d’Aquarelle.com, on ne va pas s’en priver. On ne cesse pas de mettre du charbon dans la machine. Ça se bouscule un peu à la barre, les quart sont chers ! C’est tellement marrant à barrer le bateau en ce moment ! C’est du marchandage entre nous deux : « je garde la barre et je fais à manger ce soir ». Pourtant, il y a de l’eau qui passe par dessus le cockpit en permanence, on s’en prend plein la tête quand on barre ».


Les positions des bateaux ce vendredi 11 novembre à 17h00:

IMOCA 
1 – Virbac Paprec 3 (Jean-Pierre Dick – Jérémie Beyou) : 2083,3 milles de l’arrivée
2 – Hugo Boss (Alex Thomson – Guillermo Altadill) : 43,4 milles du leader
3 – Macif (François Gabart – Sébastien Col) : 305,3 milles du leader

Multi50
1 – Actual (Yves Le Blevec – Samuel Manuard) : 2704,3 milles de l’arrivée
2 – Maitre Jacques (Loïc Fequet – Loïc Escoffier) : 220,1 milles du leader

Class40
1 – Aquarelle.com (Yannick Bestaven – Eric Drouglazet) : 2916,2 milles de l’arrivée
2 – ERDF Des Pieds et des Mains (Damien Seguin – Yoann Richomme) : 142,1 milles du leader
3 – Groupe Picoty (Jacques Fournier – Jean-Christophe Caso) : 225,8 milles du leader

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